La nuit des Temps

Il a longtemps marché, filant vers le lampadaire suivant, à chaque fois. Ils étaient assez éloignés, tout de même. De toute évidence, c’étaient ses chaussures qui lui donnaient cette démarche de héros d’un film des années soixante, comme s’il portait un trench, un chapeau, ne bougeait pas la tête mais roulait des épaules. 

Il croisa une femme qui marchait vite dans la rue vide. Il attendit qu’elle soit à sa hauteur pour lui laisser comprendre qu’il la regarderait, à sa hauteur. Y avait-t-elle pensé ? Il la regarda d’en bas, de bas en haut. Sans même s’en rendre compte, il avait à l’instant vécu cette rencontre sous forme d’éternité : il l’avait rencontrée, appréciée, enlacée, aimée, et lassé, il l’avait oubliée. On dit bien qu’il eut un temps où l’univers tînt dans une tête d’épingle. Son feu préféra tenir son idéal qu’étreindre sa réalité, simple question de probabilité. 

La seconde tenta de l’assassiner. Il marchait. Elle sortit de son garage, brusquement, pleins phares et moteur hurlant dans le silence de la tête d’un homme qui ma foi marche pour marcher… Il anticipait la douleur lorsque la voiture s’immobilisa rétroviseur avant gauche sur sa hanche, toujours pleins phares, pot d’échappement fumant et tout et tout. Fatalement, ils échangèrent un regard un peu moins furtif qu’avec la précédente. Elle était même blonde avec de grands yeux et un air niais qui cachait mal la méchanceté qui traînait non-loin de son visage de cire. Se méfier des femmes qui portent de l’importance à leur manière de conduire. Un souffle se condensa à la sortie de ses lèvres ce qui rendit la scène encore plus ridicule. Il partit.


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